Les nouveaux symptômes du numérique

L’ACF en Ile-de-France et l’Envers de Paris proposent une journée d’étude autour de la question du numérique dans notre époque.

Présentation

Par Dallila Arpin

Les nouveaux symptômes du numérique:

Né dans les années 1990, le numérique a provoqué une véritable révolution. Il a transformé le monde qui nous entoure et les relations avec nos proches. Internet et les réseaux sociaux constituent un instrument fondamental qui allège notre vie quotidienne, facilite les échanges et augmente nos connaissances. À ce formidable outil de recherche s’est joint un « marché de l’attention1Patino B., La civilisation du poisson rouge, Paris, Le livre de poche, 2019. » qui se sert de notre dépendance pour mieux vendre ses produits. Notre temps et notre espace ne nous appartiennent plus. Nous avons été gagnés par l’accélération de notre monde2Cf. Rosa H., Aliénation et accélération. Vers une théorie critique de la modernité tardive, Paris, La Découverte, 2014, p. 15.. L’usage compulsif des appareils connectés a provoqué des d’addictions nouvelles, le multitasking, des troubles de l’attention3Desmurget M., La fabrique du crétin digital, Paris, Points, 2020., les selfies et les story et les likes, l’inflation de l’ego … Comment interpréter ce nouveau paradigme à l’aide du discours analytique ?

Le titre choisi à l’occasion des journées de l’Envers de Paris et de l’ACF Île-de-France vient pointer une double lecture. D’un côté, « Les nouveaux symptômes du numérique » fait entendre les effets de l’ère digitale. C’est ce qui achoppe pour les êtres parlants depuis que ces usages ont révolutionné notre monde. Tout ce qui découle de cette nouvelle donne dans nos vies, tout ce qui nous accable en même temps que tout ce qui nous procure une satisfaction, si nous suivons la définition lacanienne du symptôme.

D’un autre côté, le numérique prend le statut d’un symptôme du malaise dans la civilisation. Ces appareils auxquels nous sommes appareillés — et cela bien avant l’ère digitale — ne sont-ils pas des prolongements de nos fonctions corporelles, comme le disait déjà Sigmund Freud ? : « Grâce à tous ses instruments, l’homme perfectionne ses organes-moteurs aussi bien que sensoriels  — ou bien élargit considérablement les limites de leur pouvoir4Freud S., Malaise dans la civilisation, Paris, PUF, 1983, p. 38. ». Et s’ils prolongent nos fonctions corporelles, c’est qu’ils deviennent nos symptômes à nous. Se pose alors la question : « Est-ce qu’on acquiert un bien ou est-ce qu’on se fait prendre dans un système qui nous dévore insidieusement à notre insu ?5Ansermet F., Forestier F., La dévoration numérique, Paris, Odile Jacob, 2021, p. 7. ».

Dans cette Journée de l’Envers et de l’ACF Île-de-France, le 9 décembre prochain, nous serons amenés à explorer ce passionnant sujet sous différentes facettes. Qu’est-ce qui change dans la rencontre amoureuse « sous algorithme6Duportail J., L’amour sous algorithme, Paris, Editions Goutte d’or, 2019. », quelles sont les nouvelles sublimations du numérique, de quelle façon l’intelligence artificielle s’introduit dans la société, de quoi sera faite l’ère du Métavers, quels avatars pour l’image du corps lorsque nous sommes obligés de nous montrer sur un écran ? Jacques Lacan avait trouvé un nom pour l’espace crée par les objets de la science : l’aléthosphère, où se conjuguent altetheia (vérité) et sphaira (la sphère, le monde environant)7Cf. Lacan J., Le Séminaire, livre XVII, L’envers de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1991, p. 187..L’’ère digitale est devenue le nouveau théâtre de la vérité. Dans « Le triomphe de la religion », en 1974, il signalait déjà, à propos de la télévision, la dévoration des gadgets à laquelle nous consentions8Cf. Lacan J., Le triomphe de la religion, Paris, 2005, Seuil, p. 94-95..

Jacques Lacan avait déjà entrevu l’enjeu délicat de la position de l’analyste en phase avec la société : « Qu’y renonce donc plutôt celui qui ne peut rejoindre à son horizon la subjectivité de son époque. Car comment pourrait-il faire de son être l‘axe de tant de vies, celui qui ne saurait rien de la dialectique qui l’engage avec ses vies dans un mouvement symbolique. Qu’il connaisse bien la spire où son époque l’entraîne dans l’œuvre continuée de Babel, et qu’il sache sa fonction d’interprète dans la discorde des langages9Lacan J., Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 321. ».

C’est cette fonction d’interprète que nous souhaitons rappeler, pour permettre à tout un chacun de « s’en passer à condition de s’en servir ».



  • 1
    Patino B., La civilisation du poisson rouge, Paris, Le livre de poche, 2019. 
  • 2
    Cf. Rosa H., Aliénation et accélération. Vers une théorie critique de la modernité tardive, Paris, La Découverte, 2014, p. 15.
  • 3
    Desmurget M., La fabrique du crétin digital, Paris, Points, 2020.
  • 4
    Freud S., Malaise dans la civilisation, Paris, PUF, 1983, p. 38.
  • 5
    Ansermet F., Forestier F., La dévoration numérique, Paris, Odile Jacob, 2021, p. 7. 
  • 6
    Duportail J., L’amour sous algorithme, Paris, Editions Goutte d’or, 2019.
  • 7
  • 8
    Cf. Lacan J., Le triomphe de la religion, Paris, 2005, Seuil, p. 94-95.
  • 9
    Lacan J., Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 321.

Date et heure

Le ,

Lieu

Centre Sèvres
35 bis rue de Sèvres
75006 Paris.

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Tarif

Participation : 30€.

Pas d’inscription sur place.

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