Cycle de conférences : La clinique des temps présents 

  • Samedi 12 avril 2025 de 15h à 17h – Didier Mathey : « L’enfant conjugué/la famille composée »
  • Vendredi 27 juin 2025 de 18h à 20h – Thierry Vigneron : « Actes et passages à l’acte, que font les jeunes ? »
  • Samedi 18 octobre 2025 de 15h à 17h – Didier Mathey : « Barbe-Bleue, le crime, l’acte »

Didier Mathey et Thierry Vigneron sont psychanalystes, membres de l’Ecole de la Cause freudienne et de l’Association de la Cause freudienne Bourgogne Franche-Comté. 

Animé par Karolina Lubanska psychologue clinicienne membre de l’Association Cause freudienne Bourgogne Franche-Comté 

Lieu : Maison Paul Bert -Salle Anna
5, rue Germain Bénard
89000 Auxerre

Frais d’inscription : 10 euros.
Inscription préalable à l’adresse : acf.dr-bfc@causefreudienne.org

ARGUMENT :

Jacques Lacan, dans son enseignement, insiste sur le fait que l’analyste ne peut faire abstraction de la subjectivité de son époque. Sa citation tirée de la « Fonction et champ de la parole et du langage » souligne cette nécessité d’une prise en compte du contexte symbolique dans lequel le sujet est pris : « Qu’y renonce (…) plutôt celui qui ne peut rejoindre à son horizon la subjectivité de son époque. Car comment pourrait-il faire de son être l’axe de tant de vies, celui qui ne saurait rien de la dialectique qui l’engage avec ces vies dans un mouvement symbolique ? Qu’il connaisse bien la spire où son époque l’entraîne dans l’œuvre continuée de Babel, et qu’il sache sa fonction d’interprète dans la discorde des langages ». Cette affirmation met en lumière l’idée selon laquelle les symptômes rencontrés dans la clinique analytique ne sont pas indépendants des discours dominants d’une époque qui leur imposent une forme. 

Les mutations contemporaines, marquées par l’effondrement des repères symboliques traditionnels et l’avènement des discours capitaliste et scientifique, transforment les modalités de souffrance subjective. Le Nom-du-Père, jadis garant d’une structure sociale fondée sur la transmission d’un ordre symbolique, s’efface progressivement, laissant place à une société où l’injonction à la jouissance et la consommation d’objets prennent une place centrale.

Dans ce contexte, les symptômes prennent des formes nouvelles : l’addiction, les troubles de l’identité, la dépression, les passages à l’acte, qui se multiplient. Là où l’hystérique du XIXe siècle trouvait un mode d’inscription du désir dans le refoulement et le symptôme de conversion, le sujet contemporain semble pris dans une logique de saturation et d’épuisement du désir. Loin d’un simple rejet de la loi, l’époque contemporaine produit une jouissance sans frein qui ne fait que renforcer l’angoisse et la détresse subjective.

Lacan souligne que l’analyste doit être en mesure de lire ces transformations complexes pour interpréter la manière dont le malaise de la civilisation se reflète dans les symptômes. Le psychanalyste devient ainsi un interprète du discours social et de ses effets sur la subjectivité. Loin de toute nostalgie, la psychanalyse n’a pas pour mission de restaurer un ordre ancien, mais d’accompagner le sujet dans la construction d’une solution singulière face à ces nouvelles impasses. L’invention subjective devient alors un enjeu central pour permettre au sujet de se réapproprier un espace de désir au sein d’une époque marquée par l’effacement des repères symboliques et l’excès de jouissance.

Chacune des trois interventions théorico-cliniques que nous entendrons cette année prendra un angle différent pour éclairer à sa manière les symptômes du temps présent. L’enseignement de Jacques Lacan et de Jacques-Alain Miller constituera une boussole précieuse pour nous repérer et nous orienter dans ce qui fait malaise dans la civilisation en saisissant son incidence clinique.