Les illusions de la gentillesse

Horizon n° 70

« Les illusions de la gentillese »

Alors que la méchanceté de l’Autre affleure dans les discours et devient un sujet d’angoisse, – on s’arrache Lheure des prédateurs de Giulino Da Empoli dans les librairies – il peut sembler incongru de s’intéresser aux « illusions de la gentillesse ». Pourtant ce titre dit bien l’époque : une gentillesse en trompe-l’œil, tramée d’empathie, de bienveillance, dont nous sommes accablés. Ne voilà-t-il pas que le consentement des amateurs de pratiques SM doit maintenant être scruté avant et pendant, et que l’accès à des pommades, onguents et autres couvertures doit leur être ménagé ? [1] Toutefois, derrière ces voiles, on distingue quelque chose de plus sombre. L’instant de voir n’est plus qu’un clin d’œil, qui suffit à dissiper l’illusion d’optique. La gentillesse pourrait bien  prendre une valeur contraphobique face à l’inquiétude qui s’empare des foules et s’immisce au plus profond des corps. Les appels à venir en aide à son prochain, en effet, n’ont jamais été aussi pressants. L’on constate d’ailleurs que cette exigence se propage dans le domaine social via un certain nombre de pratiques. L’empathie, tant prônée aujourd’hui, suppose une attention, une présence au prochain perçu comme un autre moi-même. Freud rejetait l’idée d’amour du prochain.

Le discours analytique permet-il une certaine clairvoyance à l’égard e quelques des illusions notre époque ? Ce nouveau numéro d’Horizonpropose au lecteur de s’aventurer dans le vif d’une recherche.

[1] Cf. l’article de Stella Harrison dans ce numéro.