[Rencontre] Désir d’apprendre face à la Gourmandise du surmoi numérique ?

Evénement organisé par le CIEN « Le Blé en herbe », en partenariat avec l’ACF en BFC.

Quand ? Samedi 10 octobre 2026, à 14h30
Où ? CarCom, Espace Jacques Cartier
Place du 11 Novembre 1918
39000 Lons-le-Saunier

Une séance de dédicaces/discussion aura lieu de 11 h à 12 h à la librairie « La Boîte de Pandore » (15 rue Perrin, 39000 Lons-le-Saunier) en compagnie de Philippe Lacadée. Ce dernier est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont « Le malentendu de l’enfant. Que nous disent les enfants et les adolescents d’aujourd’hui » (2010), «  Vie éprise de parole. Fragments de vie et actes de parole »  (2013), « La vraie vie à l’école : La psychanalyse à la rencontre des professeurs et de l’école » (2013), « Le dit poétique d’un ange en exil, Rimbaud avec Lacan » (2025) et « Zweig, l’ombre et le réel du corps vivant » (à paraître le 20 août 2026).

Argument :

À l’aube du XXIe siècle, « La chambre de l’enfant » a changé. Elle a été envahie par les objets du capitalisme pulsionnel. L’enfant peut ainsi, très tôt, avoir accès à ces objets qui subvertissent ou annulent souvent la présence signifiante et désirante de l’Autre. Ils « viennent à la place de ce qui nous manque dans le rapport de la connaissance ». L’enfant se trouve de plus en plus en lien avec des objets de consommation directe, produits par la civilisation hypermoderne, objets toc substituts de l’objet a, mais objets plus-de-jouir qui ne lui parlent pas. Il se branche sur un monde virtuel, sans la présence de
l’Autre. S’ensuit dès lors une modification de la place de l’Autre parental, de ce qui, en eux, soutient la fonction d’identification, de transmission, de manque, nécessaire à la voie du désir et au rapport au savoir. Le désir d’apprendre de l’Autre parental ou de l’Autre de l’école s’en trouve perturbé.
On sait, depuis Freud et Lacan, que, de structure, l’enfant est soumis à la pression de l’objet de jouissance perdu. Pris par l’insatiable exigence de récupérer cette jouissance mythique, au coeur d’une supposée expérience de satisfaction, il se trouve avec son corps, en prise directe dans la quête symptomatique de ces objets gadgets modernes. Surgit dès lors un vouloir jouir prenant la place d’un vouloir dire et d’un désir de savoir. L’enfant se trouve réduit ainsi au silence de l’objet qui a pris la commande de son être comme fausse solution face à l’intolérable de la frustration.
Dans le plus intime de sa chambre, l’enfant tout seul s’habitue à cette satisfaction immédiate, qui régit de plus en plus notre monde contemporain, et ne cesse d’imposer ses répétitions, celle de l’instant présent rendant impossible d’accepter le temps et le désir de l’Autre.
L’autorité parentale et le savoir venu de l’Autre ne sont plus à la même place. Mais il ne s’agit pas non plus de céder au pessimisme de certains, car des enfants trouvent dans l’usage de ces objets des solutions qui peuvent leur servir de boussole, voire de suppléance au défaut de l’Autre auquel ils
peuvent se trouver confrontés.
La question est de savoir comment cet enfant moderne – qui ne se soutient plus de son désir, mais de son seul rapport à l’objet – se débrouille de l’en-trop de consommation qui lui barre l’accès au savoir, et à son inconscient. Les désirs tant sollicités se sont transformés en besoins, en impératif de jouissance
qui répond à La gourmandise du surmoi sans que l’enfant sache demander à l’Autre. Il ne peut d’ailleurs nommer ce qu’il désire. Incapable de supporter le manque et le temps de l’Autre, il veut échapper au temps de la perte, et de la frustration. Alors en proie à un surmoi féroce qui le pousse à vouloir jouir de
tout, et dans lequel bien et mal s’équivalent, comment peut-il y faire avec la présence de l’adulte, lorsque celui-ci lui parle et lui demande quelque chose d’imprévu au programme de sa machine ?
Lacan, en 1974, s’interrogeait : « Arriverons-nous à devenir nous-mêmes animés vraiment par les gadgets ? » Il ne le croyait pas, même s’il affirmait cependant que l’on n’arriverait « vraiment pas à faire que le gadget ne soit pas un symptôme. »

En ouvrant ainsi la solution du gadget comme pouvant être pour le sujet un nouveau symptôme, il a ouvert une voie plus digne. S’agit-il de nouveau symptôme induisant un comportement courtcircuitant la relation à l’Autre, cet Autre qui, au nom de son savoir-faire peut l’angoisser d’où les nouveaux symptômes phobiques allant de la panique à la phobie sociale ? À la place du symptôme comme formation de l’inconscient surgit un symptôme comme pratique de rupture court-circuitant la relation à l’Autre. C’est là où il nous faut retrouver la voie d’un nouveau lieu et lien. Un lieu où chacun peut trouver la formule de sa vie, soit son désir. Saisir comment l’enfant en répond, mais aussi bien l’adulte qui se préoccupe de lui, ouvre une dimension éthique dans laquelle doit être fait place à cet élément de nouveauté que porte en lui chaque enfant. C’est bien là où nous opposons au savoir-faire conceptuel, un savoir-y-faire prenant en compte le réel propre à chacun et la place de l’objet a.

1. Lacan J., « La Troisième », La Cause freudienne, n° 79, 2011, p. 32.
2. Freud S., « Sur la psychologie du lycéen », Résultats, idées, problèmes, vol. I, Paris, PUF, 1984, p 221.
3. Lacadée Ph., « La gourmandise du surmoi », Le malentendu de l’enfant, Paris, Éditions Michèle, 2010, p. 119.
4. Lacan J., « La Troisième », op. cit., p. 32.